Comment prendre la parole en public ?

J'ai assisté au printemps à une formation sur le sujet à Sciences Po Paris.

Voici un résumé des conseils donnés à cette occasion :

UNE BONNE DISPOSITION
- venir sans a priori sur les interlocuteurs : venir "frais", sans préjugé ; préparer mais s'attendre à ce que cela se passe totalement différemment que prévu ; se méfier de ses représentations, ne pas les projeter sur les autres, ne pas s'imaginer que les autres nous jugent sur tel ou tel point ; en même temps essayer de partir du cadre de référence de ses interlocuteurs
- avoir le texte "en bouche" : s'entraîner en PARLANT le discours seul avant, pas seulement le lire en pensée ; on peut aussi s'enregistrer et s'écouter ; s'entraîner en parlant devant une glace, une caméra ou devant quelqu'un
- ne pas subir le lieu : prendre connaissance du lieu du regard = moyen de raccrocher à la réalité et sortir de la subjectivité
- sourire, être ouvert : ne pas être sur la défensive ; ne pas croiser les bras par exemple
- regarder ses interlocuteurs : cela établit la communication, le contact et c'est une aide pour construire et adapter son discours
- exister avec le corps avant de placer la parole : 1. se sentir / 2. penser / 3. parler ; être capable de rester silencieux devant un auditoire
- se poser physiquement ; bien prendre ses appuis et souffler pour commencer
- bien placer sa voix : s'entraîner en chuchotant pour parler avec l'abdomen et pouvoir augmenter le volume sans forcer sur le larynx ; alterner chuchotement / timbré pour apprendre à bien poser sa voix
- occuper l'espace sonore / parler fort / faire des ruptures de ton, de registre : pour éviter que l'interlocuteur s'endorme, le surprendre, varier le ton et le volume ; monter le volume sans aller dans l'aigu et le sautillant mais au contraire rester dans le grave et le posé ; souffler pour redescendre en tonalité
- faire des pauses : pour prendre le temps de penser et pour laisser aux autres le temps de décoder / assimiler ; laisser les idées venir en mettant des temps de pause à la place des "euh" ; fermer la bouche ; montrer que je pense et que je cherche ; prendre le temps de chercher ; les idées viennent quand on s'autorise à chercher
- faire des gestes : visualiser le propos pour l'accompagner de gestes ; aller au bout du geste, sans non plus aller jusqu'à faire du mîme

UN MESSAGE QUI PASSE
- vivre ce que l'on raconte : s'impliquer dans son discours, ne pas le minimiser ; se faire entendre et être convaincu de ce que l'on dit ; dire JE (mais pas à tout bout de champ) ; s'engager, prendre position, être franc, vrai tout en parlant de sa place (garder son devoir de réserve) ; s'autoriser à donner son sentiment sur le ton de la confidence ; s'autoriser à parler de soi, à s'exposer
- donner des exemples : illustrer, être concret et moins conceptuel
- ne pas se laisser déstabiliser : coller à son discours, être centré sur ce que l'on veut défendre et se poser ultérieurement la question "est-ce que je plais / passe ?"
- parler d'égal à égal : de personne à personne, même face à un "n+1" ou un "n-1", mais parler de sa place, sans juger la personne (être dans le contenu, parler des faits)
- reformuler / faire reformuler : pour être sûr d'avoir bien compris ou d'avoir bien été compris ; quand il y a une question, il y a une arrière-pensée ; ne pas répondre du tac au tac aux questions ouvertes ; il n'y a pas de mot juste car dans le décodage le message qui passe peut-être tout à fait différent de celui que l'on souhaite faire passer : "qu'est-ce que je dois comprendre ?" "pourquoi me dites-vous cela ?"
- ne pas interrompre : si cela démange, serrer le poing sous la table
- répondre à contre-pied : ne pas forcément répondre sur le même registre que l'interlocuteur ; amener, utiliser les paradoxes
- garder le recul suffisant sur ce qui est dit : ne pas avoir peur de penser tout haut : "je cherche à dire...", s'exprimer sur sa façon de parler (méta-parole, méta-discours) ; méta-communiquer, parler sur sa façon de parler notamment dans les situations conflictuelles
- privilégier le consensus : de préférence au vote "démocratique" ; respecter le point de vue minoritaire

UN DISCOURS PERCUTANT
- se concentrer sur le message à faire passer : partir en ayant les idées clés en tête, tenir l'idée, le ou les messages essentiels que l'on veut faire passer et les mots viendront ; se poser toujours la question de pouquoi on dit les choses ?
- répondre à la question : quand on parle à un auditoire s'imaginer que l'on répond à une question, quitte à la poser soi-même
- structurer son discours : je situe (situation) / j'observe (observation) / je sens (sentiment) / je pense (réflexion) / je propose (action)
- constat / analyse / solution
- ne pas chercher la perfection : ne pas chercher à tout dire (au contraire choisir), ne pas avoir réponse à tout, accepter ses limites ; si on n'a pas la réponse, on peut indiquer le processus pour l'obtenir
- ne pas se bloquer : quand le mot ne vient pas, ne pas culpabiliser, c'est pas grave ; ne pas se butter, mais chercher l'idée et même dire que l'on cherche l'idée ; trouver l'idée avant le mot ; si cela ne vient toujours pas, passer rapidement à autre chose quitte à revenir dessus après ; si on ne sait plus à quoi passer, récapituler ce qui a été dit jusqu'ici, faire la synthèse et aller vite vers une proposition
- garder l'esprit critique : ne pas répondre toujours tout de suite par l'affirmative, être toujours d'accord ; dire que l'on entend, mais ne pas accepter d'office ce qui est dit
- terminer par du positif : importance de la conclusion
- lire comme on parle : photographier de courts passages de la lecture et le dire aussitôt de mémoire en regardant les gens (mémoire flash, immédiate)
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